DIGNITÉ POUR
TOUS
Manuel du participant à la campagne en faveur de la
ratification de la
Convention sur les droits migrants
établi par
Migrants
Rights International
pour la
CAMPAGNE MONDIALE EN FAVEUR DES
DROITS DES MIGRANTS
Troisième
édition, avril 2000
Dignité pour tous :
Le Manuel du participant à la Campagne en faveur de la ratification de la
Convention sur les droits des migrants est un instrument créé par Migrants
Rights International pour promouvoir la ratification et l'entrée en vigueur de
la Convention internationale de 1990 sur la protection des droits de tous les
travailleurs migrants et les membres de leur famille. La première édition a été
publiée en mars 1998 pour le lancement de la Campagne mondiale en faveur de la
ratification de la Convention internationale sur les droits des migrants.
Rédigé par
Sections I et II :
Patrick A. Taran, Migrants Rights International
Section III : Shirley
Hune, Université de Californie, Los Angeles, CA, USA avec des extraits de la publication du Migrants
Forum in Asia "Ratifying UN Convention Protecting Migrant
Workers", MIGRANT WOMEN Quest for
Justice.
Section IV : Cathi Tactaquin, National Network for Immigrant and Refugee
Rights, USA
et Patrick A. Taran.
Contenu rédactionnel
Yenny del Carmen Hurtado, Domestic Workers Union, Colombie
Wan-Hea Lee, Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies
pour les droits de l'homme, Genève
Bronwen Manby, Human Rights Watch, Royaume-Uni
Joseph Oneka, Uganda Joint Christian Council, Ouganda
Cathi Tactaquin, National Network
for Immigrant and Refugee Rights, USA
Mayan Villalba, UNLAD-Kabayan
Foundation, Philippines
Révision et publication assistée par ordinateur
Sarah Stephens, Consultante
auprès de l'IMRWC
Troisième édition, avril 2000
Impression
AGL, Genève
Au sujet de Migrants Rights International
Migrants Rights
International, organe mondial indépendant de surveillance, se consacre à la
reconnaissance des droits de l'homme des migrants. Fondé au Caire en 1994 en
tant que "International Migrants Rights Watch Committee", il vise à
faire reconnaître et respecter les droits de tous les migrants ; à faire
campagne en faveur de la ratification de la Convention internationale de 1990
sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et les membres
de leur famille ; et à faciliter le travail des associations de migrants et la
coopération entre celles-ci, les ONG et les organisations internationales. Ses
membres sont recrutés auprès d'organismes de défense des droits de l'homme, de
syndicats, d'associations de migrants et d'organismes religieux en Afrique, en
Asie, en Europe, en Amérique latine, au Moyen Orient, en Amérique du Nord et
dans la région du Pacifique.
Au sujet du Comité directeur de
la Campagne
Le Comité directeur de la Campagne
mondiale en faveur de la ratification de la Convention internationale sur les
droits des migrants a été créé en janvier 1998 en tant qu'organe de
coordination interinstitutions entre les institutions intergouvernementales
intéressées et les principales organisations internationales religieuses,
syndicales, de protection des droits de l'homme, des droits des migrants et des
femmes. Le Comité directeur fournit des orientations et assure la coordination
d'ensemble de l'action entreprise sur le plan mondial pour faire appliquer la
Convention.
Organisations membres du Comité directeur
European Union Migrants Forum, Human
Rights Watch, l'Institut interaméricain des droits de l'homme, la Commission
catholique internationale de migration, la Commission internationale de
juristes, la Confédération internationale des syndicats libres, l'Organisation
internationale du travail (OIT), l'Organisation internationale pour les
migrations (OIM), Migrants Forum in Asia, Migrants Rights International, le
Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l'homme,
l'Internationale des services publics, la Ligue internationale des femmes pour
la paix et la liberté et le Conseil œcuménique des églises.
La traduction française (non révisée) du texte original anglais de cette publication a été commanditée par l'OIM.
Introduction
Le présent manuel est destiné à fournir des données
générales et des orientations à tous ceux, y compris les migrants eux-mêmes,
qui souhaitent s'exprimer et agir en vue de faire respecter les droits de
l'homme fondamentaux des migrants.
Il vise à aider les organisateurs à prendre des dispositions
pour organiser des activités et des campagnes locales et nationales pour
garantir que les normes internationales essentielles relatives aux droits de
l'homme sont appliquées dans chaque pays pour protéger les vies et la dignité
des migrants.
L'International Migrants Rights Watch Committee espère que
ce manuel fournira des explications essentielles sur les normes
internationales, leur élaboration et les moyens d'en favoriser l'application.
Il est axé sur la Convention internationale de 1990 sur la protection des
droits de tous les travailleurs migrants et les membres de leurs familles. Ce
manuel est destiné à aider le lecteur à comprendre le contenu de la Convention
et à en promouvoir efficacement la ratification. Ainsi, nous espérons que cette
brochure constituera un outil et un guide de l'action locale en vue d'une
campagne mondiale destinée à obtenir la mise en application de cette Convention.
Le manuel comporte quatre sections. La première section donne un aperçu de la situation des migrants. Elle
résume les tendances mondiales relatives aux facteurs qui provoquent ou
déterminent la migration internationale, présente des indications actuelles
concernant le nombre des migrants et les lieux où ils se trouvent et souligne
la détérioration de leur traitement. Elle souligne l'importance de la
protection des droits et de la dignité des migrants et décrit brièvement les
caractéristiques essentielles de la campagne centrée sur la Convention de 1990.
La deuxième section
fournit des informations sur les normes internationales dans le domaine des
droits de l'homme et leur élaboration. Elle décrit le mécanisme de la
ratification des conventions et la façon dont les normes sont intégrées au
droit national.
La troisième section décrit
la portée et le contenu de la Convention de 1990. Elle donne un aperçu des
droits particuliers des travailleurs migrants et des membres de leur famille
ainsi que des obligations incombant aux
Etats d’origine, de transit et de destination au titre de la Convention.
La quatrième section
constitue le guide de l'organisateur en vue d'obtenir la ratification de la
Convention. Elle suggère des activités visant à faire connaître l'existence de
la Convention et les mesures à prendre pour organiser des activités de
promotion. Elle souligne l'importance de la participation de différents secteurs et de la constitution
de coalitions réunissant des
organisations de défense des droits des femmes, des syndicats, des organismes
religieux ainsi que des groupes de défense des droits de l'homme et des
communautés de migrants. Elle décrit sommairement les méthodes pour entrer en
relations et intervenir auprès des parlements et des autres organismes publics.
Elle décrit aussi brièvement les moyens permettant d'apporter une contribution
aux rapports soumis par les États aux organisations internationales, de participer aux conférences régionales et
mondiales et d'établir des contacts sur le plan international.
Section
I
Nécessité d'organiser une campagne
internationale en faveur des droits des migrants
Les violations des droits fondamentaux et les atteintes à la
dignité des migrants sont devenues aujourd'hui une question de portée mondiale.
Les manifestations de sentiments xénophobes ou racistes envers les migrants,
les réfugiés et les autres étrangers ont fait leur apparition dans le discours
politique et public dominant non seulement dans la plupart des pays industrialisés
occidentaux, mais aussi dans de nombreux pays d'Afrique, d'Asie, des Caraïbes,
d'Europe orientale et d'Amérique latine. Les migrants sont aujourd'hui presque
partout pris comme boucs émissaires et cela en raison de l'accroissement du
chômage, de la criminalité et de beaucoup d'autres difficultés sociales
rencontrées dans de nombreux pays.
Principales
tendances
La migration a toujours existé dans l'histoire. Mais
plusieurs tendances perturbatrices se sont fait jour, qui caractérisent
aujourd'hui les mouvements de population à grande échelle dans le monde. Il en
résulte une situation qualitativement nouvelle de la migration mondiale :
1
On
constate une dégradation du contexte économique, politique, social et environnemental qui permettait aux populations
de survivre et de rester dans leurs pays et leurs communautés traditionnelles.
2
De
nombreuses guerres se déroulent aujourd'hui,
plus à l'intérieur d'États qu'entre États. Les dirigeants politiques
utilisent la religion et l'ethnicité pour défendre des objectifs étroitement
nationalistes qui divisent des sociétés pluralistes au lieu de les unir.
3
La
plupart des mouvements migratoires, y compris le départ de réfugiés, et la
plupart des déplacements internes se produisent dans des pays du Sud, qui sont
le moins dotés en ressources pour aider un grand nombre de personnes
déracinées.
4
La
migration se développe à l'intérieur des différentes régions du monde et entre
ces régions dans le contexte de
difficultés économiques croissantes dans le monde entier.
5
On
constate un développement de l'hostilité raciste et xénophobe contre les
réfugiés et les immigrants. Cette hostilité, qui se manifeste souvent sous la
forme de violence effective, est répandue dans toutes les régions du globe.
6
Dans
le monde entier les gouvernements, et en premier lieu ceux du Nord
industrialisé, imposent des mesures restrictives à l'immigration et de sévères
"mesures dissuasives" restreignant les mouvements de personnes vers
leur territoire ou à travers celui-ci. En même temps, les gouvernements
coopèrent entre eux pour "harmoniser" des politiques visant à
maîtriser la migration internationale.
Importance des
déplacements forcés
D'après les évaluations de l'ONU, on compte plus de 120
millions de personnes résidant dans des pays autres que le leur. Il s'agit de
réfugiés, de travailleurs migrants, d'immigrants permanents ou autres.
L'Organisation internationale du travail (OIT) regrette que
les statistiques des pays soient très insuffisantes en matière de migration
internationale et qu'elles ne prennent pas en compte, ou à peine, les personnes
qui se trouvent actuellement sans papiers. Les meilleures évaluations du nombre
des migrants internationaux et des membres de leurs familles sont les suivantes
:
Afrique 18 - 21 000
000
Asie - Sud
et Est 5 - 7
000 000
Europe* 26
- 30 000 000
*(Europe occidentale : 22 millions)
Amérique du Nord 16 - 18 000 000
Amérique du
Sud et
Amérique
centrale 7
- 12 000 000
Asie
occidentale (États arabes) 8
- 9 000 000
_____________
TOTAL 80
- 97 000 0001
Au début de 1998, le Haut Commissariat des Nations Unies
pour les réfugiés (UNHCR)2 estimait officiellement à 13 millions le nombre des réfugiés. Ces
chiffres cités par l'OIT et le HCR ainsi que les autres catégories de personnes
qui vivent hors du pays dont ils sont
ressortissants, représentent une personne sur 50. Les femmes représentent
aujourd'hui près de la moitié du total des migrants.
Il n'existe aucune définition juridique précise et
internationalement acceptée du migrant. La catégorie des migrants
internationaux est très large. On estime en général qu'elle inclut les
personnes qui traversent les frontières pour résider et travailler
temporairement dans d'autres pays et ceux qui émigrent pour s'installer de
façon permanente dans un autre pays. Aujourd'hui la distinction entre réfugiés,
demandeurs d'asile, travailleurs migrants et autres migrants devient de plus en
plus floue.
Motifs de la
migration
Plusieurs grandes institutions internationales reconnaissent
plus ou moins que de nombreux migrants internationaux actuels - autres que ceux
officiellement reconnus comme réfugiés - ont été contraints de quitter leur
pays d'origine en raison de la gravité de la situation politique, économique et
sociale. Le Conseil œcuménique des églises a adopté le terme de "personnes
déracinées" en 1995 pour désigner "tous ceux qui sont contraints par
une situation politique, économique et sociale grave de quitter leur pays et
leur culture - quelle que soit l'étiquette que d'autres leur
donnent". Le Conseil œcuménique des
églises souligne qu'à son avis beaucoup de ceux qui traversent aujourd'hui les
frontières sont déracinés.
________________
1 Organisation
internationale du travail. Travailleurs
migrants. Conférence internationale du travail,
87ème
session, Genève, 1999. Rapport III : 4.
Dans son rapport final, la Conférence internationale sur la
population et le développement, tenue au Caire en 1994 a, dans un chapitre
consacré à la migration internationale, mis en lumière plusieurs facteurs qui
contraignent les personnes à migrer à travers les frontières nationales :
"les déséquilibres économiques internationaux, la pauvreté et la dégradation
de l'environnement, combinés avec l'absence de paix et de sécurité, les
violations des droits de l'homme et les degrés variés de développement des
institutions judiciaires et démocratiques sont autant de facteurs qui influent
sur la migration internationale."
Des flux importants de migrants internationaux s'expliquent
par d'autres causes. La mondialisation de l'activité économique a
internationalisé les marchés du travail. L'expérience et la formation
internationales dans des environnements étrangers sont devenues indispensables
pour les travailleurs et les cadres dans de nombreux domaines, comme les
télécommunications, la commercialisation et les services hôteliers. Des
échanges de personnel de plus en plus importants s'effectuent à l'intérieur
d'entreprises transnationales.
De nombreux pays ont encore recours à des travailleurs et
cadres migrants pour combler des vides sur les marchés du travail, développer
de nouveaux secteurs de la production ou des services et préserver des
activités à forte intensité de main-d'œuvre. Dans certains pays, les migrants
représentent une proportion considérable de la main-d'œuvre. Beaucoup de ces
travailleurs et cadres migrants ont été encouragés à immigrer ou ont même été
recrutés dans d'autres pays.
Comme la récente crise financière en Asie l'a de nouveau
montré, ces travailleurs migrants sont parmi les plus vulnérables. Ils sont
recrutés par centaines de milliers pour occuper des emplois dans les activités
sales, dangereuses et difficiles créées par l'expansion économique. Mais
lorsque survient une période d'instabilité économique ou de transition, ils
sont expulsés ou sont victimes d'actes plus graves.
Aucun être humain
n'est "illégal"
Les migrants sont de plus en plus traités en boucs
émissaires auxquels sont imputés quantité de problèmes sociaux. L'adoption
officielle et généralisée ces deux dernières années du terme "migrant
illégaux" par les gouvernements et les conférences internationales
témoigne des injustices dont les migrants sont victimes. Ces deux mots criminalisent
et déshumanisent des être humains, transformés en "marchandise"
antisociale.
De nombreux migrants sont aujourd'hui sans documents
d'identité, sans papiers ou " irréguliers". Ils doivent régulariser
leur situation et accepter les restrictions d'une politique de migration
équitable, appliquée par l'État hôte selon une procédure régulière. Les États
ont l'obligation d'assurer la protection des droits de l'homme fondamentaux de
toutes les personnes résidant sur leur territoire, quel que soit leur statut.
La défense des droits de l'homme d'un groupe social
quelconque, et en particulier des plus vulnérables, est la défense des droits
de tous. Comme l'histoire l'a prouvé, le refus de respecter les droits d'un
groupe marque la première étape d'un processus qui conduit à imposer des
restrictions croissantes à d'autres groupes.
L'absence de
protection
La Convention des Nations Unies relative au statut des
réfugiés de 1951 (et son Protocole de 1967), largement acceptée et ratifiée par
131 pays, dispose que les réfugiés ont le droit de ne pas être expulsés ou
refoulés vers les pays où ils feraient l'objet d'une persécution individuelle.
Ce droit est qualifié de droit au non-refoulement. La Convention définit le
réfugié comme toute personne qui "craint avec raison d'être
persécutée" pour différents motifs. Les pays qui ont ratifié cette
convention ont en général assuré à ces réfugiés la reconnaissance de leur
statut, une certaine protection de leurs droits de l'homme ainsi que d'autres
mesures d'assistance. De nombreux États africains ont aussi ratifié la
Convention de 1969 de l'Organisation de l'unité africaine concernant les
aspects particuliers des problèmes des réfugiés en Afrique, qui étend la
définition du réfugié aux personnes qui ont fui leur pays en raison d'une
agression extérieure, d'une occupation, de la domination étrangère ou
d'évènements perturbant gravement l'ordre public, mais cette disposition plus
généreuse ne fait partie du droit international nulle part ailleurs dans le
monde. Les personnes déplacées par la guerre ne sont pas en général considérées
comme des réfugiés - bien qu'un autre statut puisse leur être accordé en vertu
du droit national du pays où elles ont cherché refuge. De plus, il n'existe pas
de normes internationales reconnaissant
la nécessité de protéger et d'aider des personnes contraintes de quitter leur
pays d'origine du fait de difficultés environnementales, économiques ou
sociales. En fait, il serait difficile de définir un critère pour évaluer le
type de conditions environnementales, économiques et sociales mettant la vie en
danger qui exigeraient d'accorder une protection internationale à ceux qui y
échappent. Il serait encore plus difficile de persuader les gouvernements
d'accepter de ne pas renvoyer par la force ces personnes dans les pays qui
connaissent ces conditions dangereuses pour la vie. La Convention de l'ONU
relative au statut des réfugiés exige seulement que les réfugiés ne soient pas rapatriés
contre leur gré ; elle n'oblige pas les États à accorder l'asile à ceux qui le
demandent.
Ainsi qu'il est expliqué plus loin dans le présent
manuel, on a commencé à admettre au
cours des années 70 qu'il faudrait entreprendre des efforts particuliers et
élaborer une convention spéciale pour
assurer la protection des droits de l'homme fondamentaux des migrants. Ces
droits de l'homme fondamentaux ont été recensés lors de la rédaction du projet
de la Convention internationale de 1990 sur la protection des droits de tous
les travailleurs migrants et des membres de leurs familles. Ce document est à
son tour fondé sur les principes contenus dans des instruments fondamentaux
tels que la Déclaration universelle des droits de l'homme. La Convention
concerne expressément les travailleurs
migrants, mais la ratification et l'application de ses dispositions
garantiraient aussi dans une mesure importante la protection de la plupart des
autres migrants dans des situations de vulnérabilité. Cependant peu de pays ont
pris les mesures nécessaires pour adopter ces normes en signant, en ratifiant
cette Convention ou en y adhérant, ce qui aboutirait à les intégrer au droit
national.
Les défenseurs des droits de l'homme et ceux qui appuient la
primauté du droit en tant que fondement essentiel d'une société démocratique
reconnaissent que la protection des droits doit être universelle. La prise en
considération d'une hostilité croissante et d'attaques dirigées contre les
migrants et la nécessité de défendre les normes essentielles relatives aux
droits de l'homme ont amené l'International Migrants Rights Watch Committee à
entreprendre une campagne mondiale pour obtenir l'entrée en vigueur de cette
Convention. La ratification ou l'adhésion de 20 États est requise pour que cet
instrument "entre en vigueur", autrement dit produise ses effets et
devienne partie intégrante du droit international. Il pourra servir alors de
norme autorisée de bon usage et jouer ainsi un rôle important pour convaincre
les États non parties également, même s'ils n'ont pas accepté d'être liés par
ses dispositions.
La campagne en
faveur de la ratification de la Convention
Les gouvernements doivent être convaincus que la
ratification de la Convention est nécessaire. On n'y parviendra qu'en exprimant
les préoccupations des peuples à ce sujet et en sensibilisant les fonctionnaires,
les diplomates, les hommes politiques et le public en général sur le plan
national et international. La campagne est un effort volontaire pour
entreprendre des activités coordonnées et liées entre elles visant à promouvoir
la ratification de la Convention ou l'adhésion à celle-ci par un grand nombre
d'États. Une large ratification de cette Convention internationale ne pourra
être obtenue que par une campagne menée en coopération par des représentants de
gouvernements, des organisations intergouvernementales (OIG), des organisations
non gouvernementales (ONG) nationales et internationales, des fondations et des
organisations de base. Un comité directeur officiel de la campagne a été créé
pour élaborer les stratégies et les documents de base de la campagne.
Faire campagne en faveur de la ratification nécessite des
éléments de plaidoyer politique et de sensibilisation. Les uns et les autres
visent un même but, faire appuyer la Convention par un large échantillon
représentatif de la société, constitué de fonctionnaires, de partis politiques,
de syndicats, de groupes religieux, d'organismes de défense des droits de
l'homme, de groupes de migrants, d'organisations de femmes et d'autres
intéressés.
_________________________
1. Organisation
internationale du travail. La migration
internationale et le travailleur migrant. Comité de l'emploi et de la
politique sociale, 265ème session, Genève, mars 1996
(GP267-ESP-2):4.
2.
UNHCR. Chiffre
communiqué à la réunion du Comité
permanent du HCR, Genève, 2 - 3 février
1998.
Section II
Les normes internationales : de
quoi s'agit-il et pourquoi sont-elles créées ?
La notion essentielle de droits de l'homme est
"l'affirmation implicite que certains principes sont vrais et valables
pour tous les peuples, dans toutes les sociétés, dans toutes les conditions de la vie économique,
politique, ethnique et culturelle. De plus, les droits de l'homme
sous-entendent que ces principes sont en quelque sorte inhérents au fait de
notre commune humanité…" 1. Il découle de cette notion que les
individus, les divers organes de la société, et en particulier l'État, doivent
respecter et protéger ces principes à l'égard de tout être humain.
Cette même notion constate l'existence d'une relation
fondamentale entre les droits individuels et la société, affirmée dès les
premiers mots de la Déclaration universelle des droits de l'homme : "…la
reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine
et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté,
de la justice et de la paix dans le monde."
Les normes relatives aux droits de l'homme sont énoncées
dans des déclarations et des proclamations, des conventions et des pactes. Les
déclarations et proclamations sont des textes qui définissent et décrivent les
droits de l'homme. Des déclarations importantes concernant les droits de
l'homme universels et des droits très spécifiques ont été faites par
l'Assemblée générale des Nations Unies, des conférences intergouvernementales
internationales et des organismes régionaux. Il s'agit d'instruments normatifs
mais sans force de loi. Les conventions et les pactes sont par contre des
instruments normatifs qui fixent des normes contraignantes pour les États qui
les ratifient ou y adhèrent.
Tous ces types de traités sont couramment appelés des
"instruments" relatifs aux droits de l'homme. Ces instruments sont
des déclarations des principes juridiques minimaux sur lesquels les États sont
parvenus à se mettre d'accord. Ils représentent les normes de base que les
États doivent respecter. Les États peuvent compléter l'inclusion de ces normes
fondamentales dans leur droit national en adoptant des lois et des procédures
additionnelles qui préciseront et
protègeront les droits de l'homme sur leur territoire.
Histoire des normes
relatives aux droits de l'homme
L'instrument le plus essentiel est la Déclaration
universelle des droits de l'homme, établie peu après la création de l'ONU.
Cette Déclaration (adoptée en 1948) garantissait le respect des droits de
l'homme en tant qu'éléments essentiels du droit international. Elle contient
les normes relatives aux droits de l'homme élaborées pendant plusieurs
décennies et résultant des efforts entrepris au 19ème siècle pour
définir des codes communs régissant les relations entre les États.
Le processus d'élaboration de normes internationales
relatives aux droits de l'homme s'est accéléré après les horreurs de la Seconde
Guerre mondiale. Les années 50 à 80 ont vu ces normes se développer et
s'étendre. Des traités ont été rédigés qui concernent des questions spécifiques
très variées, y compris le droit à l'autodétermination, la prévention de la
discrimination, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité,
l'esclavage et le travail forcé, le traitement des prisonniers et la prévention
de la torture, la nationalité et le statut des réfugiés, la liberté de
l'information, les droits des femmes, des enfants et d'autres groupes
spécifiques et la protection sociale. On compte aujourd'hui plus de 90 traités
internationaux différents dans le domaine des droits de l'homme.
Parallèlement, le développement de puissants mouvements
syndicaux dans de nombreux pays a contribué à favoriser la création de
l'Organisation internationale du travail en 1919 (et de son mécanisme de
contrôle des normes en 1926). Cet organisme a pour mission d'établir des normes
communes minimales pour le traitement des travailleurs, les conditions
d'emploi, la protection des droits syndicaux, etc.
Deux pactes importants relatifs aux grandes définitions des
droits civils et politiques et à celles des droits sociaux, économiques et
culturels ont été adoptés au milieu des années 60 2. Avec la
Déclaration universelle des droits de l'homme, ils sont parfois connus sous le
nom de "Charte internationale des droits de l'homme".
La Conférence mondiale sur les droits de l'homme, tenue à
Vienne en 1993, a marqué le point culminant de cette période d'expansion et
d'extension de la protection des droits de l'homme. La Déclaration de Vienne et
le Plan d'Action adoptés par les représentants de pratiquement tous les
gouvernements du monde ont souligné le caractère universel et indivisible des
droits de l'homme. La Déclaration affirme que les droits énoncés dans les
divers instruments s'appliquent à chacun et partout et que les droits civils et
politiques sont indissociables des droits sociaux, économiques et culturels.
Cette conférence a estimé que sept grands instruments
relatifs aux droits de l'homme étaient des traités fondamentaux, dont la
ratification et l'application doivent être universelles. Ils comprennent les
deux pactes mentionnés plus haut, la Convention internationale sur
l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, la Convention sur
l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, la
Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains
ou dégradants, la Convention sur les droits de l'enfant et la Convention
internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants
et des membres de leurs familles.
Toutes ces normes sont destinées à servir de base à
l'élaboration des lois et de la jurisprudence nationales pertinentes dans tous
les pays. La ratification d'un traité ou l'adhésion à ce traité par un État
signifie que celui-ci s'engage à mettre son droit interne en accord avec les
normes juridiques énoncées dans ce traité.
Comment les normes
sont élaborées
Les traités et autres normes sont en général élaborés sur
l'initiative d'un ou, plus généralement, de plusieurs États intéressés qui
demandent l'établissement d'un projet de norme devant les instances compétentes
de l'ONU. Plusieurs traités résultent de recommandations énoncées pour la
première fois devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU ; d'autres
sont élaborés directement à l'Assemblée générale.
La Commission des droits de l'homme est le principal organe
subsidiaire principal du Conseil économique et social (ECOSOC), constitué de
représentants d'un grand nombre d'États membres des Nations Unies. Ses sessions
annuelles de six semaines à Genève offrent l'occasion d'écouter les plaintes
exprimées par les gouvernements et les organisations non gouvernementales au
sujet des violations des droits de l'homme dans le monde entier et aussi
d'élaborer des recommandations adressées à l'ONU pour que des mesures soient
prises. L'Assemblée générale est le principal organe délibérant et de décision
de l'ONU ; tous les États membres peuvent s'y exprimer et y ont le droit de
vote. Elle se réunit chaque année à New York lors de sessions qui durent un peu
plus de deux mois.
De nombreuses initiatives d'États intéressés dans ces
organes de l'ONU ont été encouragées par des organismes non gouvernementaux qui
appelaient l'attention sur des types particuliers de violations des droits pour lesquels aucune norme existante
n'assurait une protection suffisante.
Naturellement, certains États ont trouvé dans les campagnes
en faveur de l'adoption de normes concernant certains droits de l'homme un moyen
politique commode pour critiquer le comportement et la situation de certains
autres États gouvernés par des adversaires politiques ou idéologiques. Pendant
la guerre froide, les débats sur les droits de l'homme figuraient en bonne
place dans la propagande et les discussions internationales. Par exemple, les
pays capitalistes occidentaux appuyaient vigoureusement les droits civils et
politiques et condamnaient les pays gouvernés par des régimes socialistes et
totalitaires parce qu'ils réprimaient ou refusaient l'exercice de ces droits.
Au contraire, les pays du bloc socialiste prétendaient appuyer les droits
économiques et sociaux et condamnaient les pays occidentaux parce qu'ils ne
s'intéressaient pas à ces droits et en refusaient l'exercice dans leurs
colonies ou les États clients qu'ils soutenaient financièrement. Cet intérêt
partial a cependant contribué par le passé à promouvoir les normes relatives
aux droits de l'homme en mettant largement en lumière la notion et les
problèmes des droits de l'homme.
Lorsque les défenseurs d'une initiative en faveur de la
création d'un nouvel instrument ont vu leurs efforts approuvés par l'Assemblée
générale, un groupe de travail intergouvernemental ou un groupe de rédaction
est créé. Ces groupes comprennent normalement des représentants d'États de
toutes les régions. Ils sont généralement dirigés par des représentants de
gouvernements qui s'efforcent de favoriser l'élaboration des nouvelles normes.
Cependant les pays qui ont manifesté leur opposition à
l'adoption de ces normes ou qui les ont appuyées avec de sérieuses réserves
font souvent en sorte d'obtenir un siège au comité de rédaction pour s'assurer
que le projet établi en définitive, quel qu'il soit, n'aille pas trop loin.
Dans d'autres cas, ils s'efforcent simplement de ralentir ou de bloquer la
rédaction définitive d'un texte que le groupe de rédaction pourrait autrement
adopter par consensus.
Il a fallu parfois des années pour que certains traités
soient établis. La Convention de 1990 sur les droits des migrants a nécessité
dix années de travail et de négociations après la création du groupe de travail
en 1980.
Les groupes de rédaction étudient généralement les normes
existantes pour s'inspirer de leurs dispositions éventuellement pertinentes, comparables ou applicables. Ils
font aussi souvent appel à l'expérience d'organismes indépendants compétents en
matière juridique ou dans le domaine des droits de l'homme, y compris
d'organismes non gouvernementaux compétents en ce domaine. Par exemple, le
Comité de rédaction de la Convention sur les droits de l'enfant a utilisé des
projets de concepts et de formulations proposés par de nombreux organismes de
protection de l'enfance et de défense des droits de l'enfant.
Comment les traités
se transforment en droit international : signature, ratification, adhésion
Lorsque le groupe de rédaction s'est mis d'accord sur un
texte de consensus, ce texte est soumis à l'Assemblée générale des Nations
Unies en vue de son adoption par vote ou par consensus. L'adoption d'un instrument
international n'est que la première étape, souvent la plus facile, du processus
qui vise à en faire un instrument de droit international 3. Dans le
centre de débat public mondial de l'Assemblée générale, peu d'États élèvent des
objections contre l'adoption de normes, car l'adoption par l'Assemblée générale
n'est assortie d'aucun engagement contraignant pour les différents États. Un
État qui s'élèverait contre le consensus ou qui voterait contre se
distinguerait par son hostilité contre les droits de l'homme. Les États y
voient rarement une politique diplomatique positive.
Un traité doit être approuvé officiellement par un nombre
minimum d'États avant qu'il devienne juridiquement contraignant même à l'égard
de ces États signataires et qu'il fasse autorité en tant que norme
internationale. Même ainsi, il ne s'impose en ce qui concerne les recours
internationaux qu'aux seuls États qui acceptent officiellement de reprendre ses
normes dans leur droit interne.
En approuvant officiellement un traité, un État accepte de
l'intégrer à sa législation et de devoir rendre des comptes au sujet de ses
normes. Une telle acceptation peut se faire en deux étapes officielles ou en
une seule. Un État peut signer un traité, ce qui peut être considéré comme une
déclaration d'intention d'y adhérer. Cela est fait généralement par le pouvoir
exécutif de l'État.
La ratification d'un traité exige généralement
l'intervention du pouvoir législatif de l'État. C'est une approbation
officielle du texte du traité et la décision d'en adopter les normes en tant
que loi interne. Si nécessaire, un gouvernement peut indiquer les mesures qui
seront prises pour mettre le droit national en accord avec le traité.
Un État peut aussi entreprendre directement d'adhérer à un
traité sans le signer au préalable, en prenant les dispositions législatives
nécessaires pour l'adopter. En ratifiant le traité ou en y adhérant, un État
devient État partie au traité.
C'est la reprise de leurs normes en droit interne qui fait
essentiellement la valeur des traités internationaux relatifs aux droits de
l'homme. Elle fixe les normes minimales acceptables pour la législation et la
politique nationales. Elle aide les États à élaborer leur propre législation et
leur propre jurisprudence en leur offrant un ensemble très développé de normes,
définitions et même de vocabulaire juridique précis à partir desquels les lois
nationales peuvent être élaborées.
Entrée en vigueur
d'un traité
Il faut en général qu'un nombre minimal d'États ratifient un
traité ou y adhèrent pour qu'il puisse "entrer en vigueur" et
commence à s'appliquer. Ce nombre minimal est en général indiqué dans le traité
lui-même. Il peut varier : le nombre minimal est de 20 États pour la Convention
internationale de 1990 sur la protection des droits de tous les travailleurs
migrants et des membres de leurs familles ; certains traités exigent jusqu'à 40
États.
Lorsqu'un traité entre en vigueur, il lie les États qui
l'ont ratifié ou qui y ont adhéré. Des recours officiels peuvent être intentés sur le plan
international contre un État partie au traité, mais dans certains cas seulement
par un autre État partie au même traité.
Les États peuvent ratifier un traité avec des
"réserves", déclarant qu'ils estiment que certains passages ou
articles spécifiques de cet instrument ne sont pas applicables ou n'ont pas
force obligatoire en ce qui les concerne. Certains États le font en soutenant
que certains articles ne s'appliquent pas à leur situation. Cependant, dans
certains cas des gouvernements ont émis des réserves sur des articles ou principes applicables essentiels. Ce faisant,
ils compromettent la réalisation des objectifs du traité tout en paraissant
l'adopter.
La plupart des traités importants prévoient des
"organes créés par traité" ou des comités officiels en vue de
vérifier la mise en œuvre, surveiller l'application et/ou examiner les recours
relatifs aux dispositions du traité. Ces organes ou comités sont généralement
constitués de personnes désignées par les gouvernements des États parties au
traité. La plupart d'entre eux sont chargés de rendre compte chaque année à
l'Assemblée générale des Nations Unies par l'intermédiaire du Secrétaire
général.
Plusieurs traités stipulent que les États parties doivent
fournir des rapports réguliers aux comités compétents sur les mesures
législatives, judiciaires, administratives ou autres prises pour mettre en
œuvre le traité et sur la façon dont les problèmes découlant des aspects du
traité sont réglés. Par exemple, les États parties à la Convention sur l'élimination
de toutes les formes de discrimination raciale doivent établir des rapports
tous les deux ans. Certains gouvernements autorisent et même encouragent les
contributions publiques ou non gouvernementales à l'établissement de leurs
rapports. Les organes créés par traité peuvent aussi recevoir des rapports et
des documents présentés directement par des sources non gouvernementales.
Certains traités présentent aussi des procédures spécifiques
par lesquelles des recours officiels peuvent être enregistrés contre un État
partie qui viole les dispositions de cet instrument. Ils prévoient aussi en
général des procédures pour examiner les plaintes et différends relatifs au
respect des normes du traité et pour tenter d'y apporter une solution.
Nombreux autres aspects
utiles des traités
Les traités présentent beaucoup d'autres aspects utiles
indépendamment de leur "entrée en vigueur". C'est souvent le cas en
particulier dans les pays qui peuvent refuser de les ratifier précisément en
raison de difficultés ou de pratiques abusives. La jurisprudence interne de
plusieurs pays permet de citer les traités internationaux dans des recours
juridiques et des instances judiciaires
même lorsque le pays n'a pas ratifié le traité en question ou n'y a pas adhéré.
L'existence même d'un traité comme le traité contre la
torture représente un instrument très puissant d'information et de pression
dans les instances internationales utilisable contre les gouvernements qui
n'ont pas renoncé à recourir à de telles pratiques. Les normes internationales
ont une grande valeur morale, qui aide aussi ceux qui militent pour de
meilleures normes ou qui s'opposent aux violations des droits de l'homme dans
les débats internes, publics, parlementaires ou par voie de presse.
Les normes internationales servent de guide utile et
d'encouragement parfois utile pour l'élaboration d'une législation spécifique
reprenant certaines normes, même si un gouvernement ne veut ou ne peut pas en
reprendre intégralement le contenu et s'oppose donc à la ratification ou à
l'adhésion.
Les normes internationales peuvent être des instruments
utiles d'organisation pour des communautés ou des groupes de personnes
subissant un préjudice. Pour les groupes marginalisés, exclus et souvent privés
de leurs droits comme les migrants, l'existence d'un traité définissant leurs
droits confirme qu'ils existent, qu'ils sont reconnus et qu'ils ont des droits.
A lui seul, ce facteur peut contribuer puissamment à donner
aux individus lésés des moyens d'agir et les aider à défendre et restaurer le sentiment de leur dignité. En
outre cela peut motiver leur organisation et leur action collective en leur
confirmant que leur situation est reconnue et qu'ils sont soutenus sur le plan
international. L'organisation de campagnes en faveur de la reconnaissance de
ces droits peut aussi constituer un point de ralliement autour duquel pourra se
développer l'organisation de l'entraide et la coopération avec d'autres groupes
et secteurs intéressés.
Le développement de la coopération et d'une action en faveur
des droits des migrants a été un élément essentiel pour la création de
nombreuses organisations de travailleurs migrants dans les pays d'Asie et
d'Europe. Il a facilité la formation du Migrant's Forum en Asie, réunissant des
groupes locaux et nationaux de travailleurs migrants de nationalités et
d'expériences très diverses. Les campagnes en faveur des droits des migrants
ont obtenu ce résultat précisément parce qu'elles proposent aux migrants un
objectif commun d'intérêt personnel et d'autodéfense.
La Campagne en faveur de la ratification de la Convention
offre diverses possibilités d'activité immédiate et pratique, qui peuvent
intéresser des personnes et des groupes par delà de grandes différences de
nationalité, de langue, de culture et même de classe sociale. Elle offre aussi
une base précise pour des alliances avec des groupes nationaux intéressés par
les droits de l'homme et les droits civils, les droits syndicaux et la
protection des normes de travail, les groupes religieux et autres.
________________________
1 Stackhouse, Max L. Creeds, Society and Human Rights
: A Study in Three Cultures Grand
Rapids, MI : William B. Eerdmans
Publishing,
1984, page 1. Italiques ajoutées.
2 Leurs
titres sont le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et
culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
3 Les
traités internationaux n'ont pas de statut juridique international équivalent.
La plupart lient principalement les États qui les ont ratifiés ou y ont accédé
et peuvent être considérés comme des directives autorisées de "meilleure
pratique" pour la grande communauté des États. Le processus par lequel un
instrument international devient officiellement du droit international est un
processus plus compliqué et moins courant. Seules les conventions les plus
reconnues sont considérées comme ayant un statut de droit international
coutumier, et en général cela n'est même pas le cas à tous égards.
Section III
Importance et contenu de la
Convention
Pourquoi la
Convention est-elle importante ?
La Convention internationale sur la protection des droits de
tous les migrants et des membres de leur famille innove en accordant une protection
aux travailleurs migrants et aux membres de leur famille dans le monde entier.
Elle ne se contente pas non plus d'appliquer la législation existante en
matière de droits de l'homme à une catégorie particulière de personnes.
La Convention formule la façon dont la communauté
internationale conçoit l'application des droits de l'homme dans ses
dispositions concernant l'"égalité de traitement" entre les
travailleurs migrants hommes et femmes, entre les travailleurs avec et sans
papiers et entre les nationaux et non-nationaux.
Son importance est soulignée par les 10 aspects suivants :
1
La
Convention reconnaît le rôle critique que joue la migration des travailleurs
dans l'économie mondiale. Elle influe sur quantité de questions politiques,
sociales, économiques, éthiques et juridiques concernant des millions de
personnes et de nombreux États et qui ne
sauraient être négligées. Cependant les travailleurs migrants restent en grande
partie un groupe non protégé dans la communauté internationale.
2
Aujourd'hui,
les travailleurs migrants et leurs familles sont souvent ignorés par leur pays
d'origine, exploités par des individus et n'ont que des droits limités dans
l'État où ils ont leur emploi et dont ils ne sont pas ressortissants. La
Convention considère les travailleurs migrants et les membres de leurs familles
dans l'ensemble du monde comme des personnes vulnérables dont les droits fondamentaux doivent être protégés
et qui ont le droit de les exercer quel que soit leur statut juridique. Elle
étend la législation des droits de l'homme à une catégorie particulière de
personnes qui manquent actuellement de protection. Ses dispositions devraient
apporter également une certaine protection à d'autres catégories de migrants
vulnérables.
3
La
Convention est l'instrument international actuellement le plus complet
concernant les travailleurs migrants. Elle prévoit un ensemble de normes
internationales relatives a) au
traitement, à la protection sociale et aux droits des travailleurs migrants et
des membres de leurs familles et b) aux
obligations et aux responsabilités des États intéressés. Il s'agit des États
d'origine, des États de transit et des États hôtes, qui bénéficient tous de la
migration internationale des travailleurs. Les accords bilatéraux et régionaux
sont importants, mais insuffisant pour s'attaquer à cette question d'ampleur
mondiale.
4
La
communauté mondiale dispose pour la première fois d'une définition
internationale du travailleur migrant, définition qui considère aussi bien les
hommes que les femmes comme migrants. La Convention donne aussi des définitions
de certaines catégories de travailleurs migrants qui s'appliquent à toutes les
régions du monde.